SOFA : Une organisation de petits producteurs dans le monde des grandes plantations de thé équitable

SOFA : Une organisation de petits producteurs dans le monde des grandes plantations de thé et d’épices équitables.

Au centre de l’Île du Ceylan, la petite Sirome se balance avec allégresse sur le lopin de terre familial où elle vit avec ses parents et ses quatre frères et sœurs. Sa famille récolte le thé et diverses épices sur moins d’un hectare. Ils sont membres de SOFA (Small Organic Farmers Association), une organisation démocratique de petits producteurs de thé fondée au milieu des années 90 avec 193 membres et qui regroupe aujourd’hui près de 4 500 petits producteurs de thé et d’épices biologiques et équitables.

« La croissance de SOFA fut rapide, nous avons mis en place un prix de base garanti qui couvrait les coûts de production plus 10 %. Au cours des années, les gens ont vu que ça fonctionnait et des groupes se sont fondés dans tout le pays! Nous avons des agriculteurs d’est en ouest et du nord au sud; nous n’avons pas de Tamouls, de Musulmans ou de Cinghalais, nous avons des membres! » explique le docteur Sarath Ranaweera, fondateur de Biofoods, une entreprise familiale, responsable de la transformation et de l’exportation du thé et des épices, qui est au cœur du développement de SOFA.

Près de Kandy, la deuxième ville du Sri Lanka après la capitale Colombo, Chamdi et Sripali, membres de SOFA, se déplacent de théier en théier pour recueillir les feuilles fraîches. Autour d’elles, il y a poivriers, girofliers, canneliers et autres vanilliers (la célèbre orchidée grimpante dont on extrait la vanille). Tous les producteurs de SOFA ont une agriculture diversifiée : thé, épices et denrées de subsistance. « Nous récoltons le thé les lundis et jeudis car ce sont les jours d’achat », me précise Chamdi. En fin d’après-midi, le camion arrive, on accroche une balance sur un arbre, alors qu’une calculatrice et un livre comptable sont posés sur un tabouret. Les sacs de feuilles sont pesés un à un. Les producteurs sont payés sur le champ. « Ma petite terre me donne ⅓ de mes revenus, mais la majorité d’entre nous avons un autre travail en plus de notre ferme », me raconte Chamdi, elle qui a aussi travaillé quelques années comme aide familiale, au Moyen‑Orient, avant de se marier.

Dans le village voisin, 10 femmes sont réunies, leurs mains agiles pliant et repliant de frêles roseaux en de magnifiques petites boîtes. Elles serviront à l’exportation du thé et des épices de SOFA. « C’est un revenu d’appoint qui est important pour nous », me précise l’une des théicultrices. Quinze roupies pour chaque boîte vont à l’artisane, huit roupies pour les matériaux et une roupie pour le fond social. Avec ses ventes de thé dans les réseaux équitables, SOFA touche des primes sociales de l’ordre de millions de roupies annuellement. Ces fonds permettent le développement agricole avec des semis de théiers offerts gratuitement, et même des animaux pour diversifier les revenus des membres et fournir du fumier pour leur agriculture biologique. Aussi le fonds social de l’association fut utilisé pour des fournitures scolaires et des projets d’abduction d’eau potable, un service pour l’ensemble de la communauté, membres et non membres de l’association. « Ces dernières années, nous avons aussi beaucoup investi dans le développement de l’agriculture biologique, non seulement pour nos produits d’exportation comme le thé et les épices, mais aussi pour les fruits et les légumes afin de diversifier l’alimentation des membres et développer de nouvelles sources de revenus, explique le Dr Ranaweera. Nous développons de plus en plus le marché national et avons même fondé une entreprise, Ecofood, pour ce domaine. »

Comme organisation de petits producteurs, SOFA fait partie du quart des producteurs certifiés par FLO-CERT, la grande majorité du thé équitable provenant de grandes plantations. Au Sri-Lanka SOFA et MOPA (Marginalized Organic Producers Assocation), également liée à Biofoods, sont les deux seules organisations de petits producteurs certifiées par FLO-CERT, alors que 13 plantations ont ce statut dans le pays. « Certifier une plantation de 1 000 hectares demande 2 jours de travail, alors que certifier 1 000 petits producteurs regroupés en association demande 40 jours de travail : donc des frais beaucoup plus importants, explique le Dr Ranaweera. Cela coûte au moins 30% de plus pour du thé venant de petits producteurs, mais peu de gens sont disposés à respecter cette différence » critique-t-il!

Ces grands débats, entre plantations et organisations de petits producteurs, sont au cœur du commerce équitable depuis les débuts de la certification en 1988, jusqu’à nos jours, en passant, bien entendu, par l’arrivée des premières plantations certifiées de thé équitable en 1997. Pendant ce temps Serome, Chamdi, Ripali et leur famille vivent jour après jour d’une agriculture biologique, diversifiée et à petite échelle sur leur lopin de terre de la perle de l’Orient. Elles sont bien loin de ces débats, mais en même temps, comme protagonistes de l’équitable, elles doivent être au premier rang des préoccupations des leaders du mouvement.

On retrouve les thés, les épices et même le lait de coco de SOFA dans la gamme de produits offerte par Arayuma, membre de l’Association Québécoise du Commerce Équitable. Pour plus d’informations sur Arayuma, cliquez ici.

Texte et photo : Éric St-Pierre
www.ericstpierre.ca

SOFA : http://biofoodslk.com/index.php?option=com_content&view=article&id=50:small-organic-farmers-association-sofa-sri-lanka&catid=42:sofa&Itemid=66

Arayuma :  http://www.arayuma.com/FR/
CSI Sherbrooke : http://www.csisher.com/

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