SRI LANKA : ÉPICES

TERRES D’ÉPICES

Terre d’une des plus anciennes civilisations du monde, le Sri Lanka reflète sur son petit territoire un condensé du continent asiatique : éléphants omniprésents, montagnes et collines couvertes de végétation verdoyante, cités royales mystérieuses enfouies dans la jungle, cuisine savoureuse, plages de sable fin, etc. En raison de la géographie et du climat particulier sur l’île, le Sri Lanka a un héritage agricole exceptionnel. À travers le pays, une diversité de microclimats rend possible la culture d’une riche variété de thés et d’épices dont la précieuse cannelle de Ceylan, reconnue comme étant la meilleure au monde

Resplendissant comme un saphir au milieu de l’océan Indien, cette petite île tropicale fût une étape essentielle de la Route des épices. Une fabuleuse épopée qui, durant plusieurs siècles, vit Perses, Grecs, Arabes, Portugais, Hollandais partir à la conquête de ces trésors du monde végétal. Colonisée par les Britanniques en 1802, l’île connaît un essor économique important avec notamment la privatisation des terres et le développement des plantations de thé et du commerce avec les autres colonies. Le modèle de grandes plantations exploitant une main-d’œuvre Tamoule provenant d’Inde du Sud va continuer à dominer le paysage et l’économie sri lankaise jusqu’à bien après l’indépendance en 1948.

VIE PRÉCAIRE SUR « L’ÎLE RAYONNANTE »

Suite à l’indépendance en 1948, le nom cinghalais Sri Lanka, qui signifie « Île rayonnante », est adopté en 1972. À la même époque, une réforme agraire ordonne la nationalisation des grandes plantations puis leur redistribution, par petits lopins de moins d’un hectare, à des familles de petits agriculteurs et à des villageois sans terre.1 Toutefois, bien que contrôlés par l’État jusqu’à une nouvelle vague de privatisations en 1992, la transformation, le conditionnement et le commerce du thé et des épices continuent malencontreusement à être gérés par des firmes agro-industrielles, sans que les prix généralement payés aux agriculteurs ne couvrent les frais de production.2 Encore aujourd’hui, la grande majorité des petits producteurs d’herbes et épices restent de simples fournisseurs de matières premières et vendent leurs feuilles fraîches à l’usine qui les transforme et les exportent.

En effet, bien que ces produits jouissent d’une réputation d’excellence sur la scène internationale, les bas salaires et les mauvaises conditions de travail ont de quoi faire rougir les multinationales qui détiennent un énorme pouvoir d’achat dans cette région du monde. Selon Fairtrade International, contrairement à la production qui est entre les mains de millions de petits producteurs provenant de divers pays (Inde, Sri Lanka, Chine, Vietnam, etc.), la transformation et la distribution des épices est extrêmement concentrée : deux sociétés multinationales (Mc Cormick – à qui appartient Ducros – et Tone Brothers) détiennent la majorité du Marché.3

De plus, l’augmentation du nombre de pays producteurs d’herbes et épices au cours des dernières années a mené à une baisse considérable des prix sur le marché. Par exemple, en raison de cette compétition malsaine et de la fluctuation des marchés, le prix de vente du poivre noir est aujourd’hui nettement inférieur que celui dans les années 1990 et est de loin au-dessous des coûts réels de production.

Ces facteurs font en sorte qu’il est extrêmement difficile pour les petits producteurs de tirer profits de la vente de leurs produits et vivre dignement de leur travail. Il faut aussi considérer un autre problème que vit le Sri Lanka, lequel est d’ailleurs partagé par un grand nombre de pays, notamment les pays européens et nord américains : les jeunes préfèrent quitter les campagnes pour aller travailler en ville, espérant trouver un emploi avec de meilleures conditions de travail et plus rémunérateur.

DES ALTERNATIVES S’IMPOSENT

Femmes_épices_SOFAAfin de mieux valoriser les trésors de cette région particulièrement riche en biodiversité et contribuer à la lutte contre la grande pauvreté de la population locale, des projets d’appui aux communautés villageoises ont été mis en place. Des petits producteurs sri lankais se regroupent pour mettre en commun leurs compétences et moyens techniques.

En 1993, le directeur de Bio Foods, entreprise familiale spécialisée dans la culture de thés, propose de développer une filière biologique. Il parvient à convaincre de petits producteurs de se regrouper en association et à entamer une période de reconversion à une agriculture biologique. En 1997, suite aux premières récoltes de feuilles biologiques, les groupes de producteurs fondent la Small Organic Farmer Association (SOFA), prenant ainsi en charge des services tels que des formations techniques et des prêts aux producteurs. En 1998, les membres de SOFA voient leur coopérative prendre une nouvelle direction, celle du commerce équitable.4

Aujourd’hui, SOFA poursuit son travail en partenariat avec Bio Foods, laquelle se charge de la logistique d’exportation et de trouver de nouveaux marchés à travers le monde pour les herbes et épices de SOFA.5 Vis-à-vis la force du nombre de grandes plantations de thés et d’épices au Sri Lanka, d’autres associations de producteurs ont aussi emboîté le pas sur le chemin du commerce équitable.

L’APPORT DU COMMERCE ÉQUITABLE

En 2005, la Fairtrade Labelling Organisation a introduit les standards équitables pour des herbes et épices afin d’ouvrir de nouveaux marchés pour les petits producteurs. Ainsi, depuis l’introduction de ces standards, les agriculteurs qui produisent des herbes et épices certifiées équitables reçoivent un prix minimum garanti qui couvre les coûts d’une production durable. Les herbes et épices certifiées équitables sont achetées directement des coopératives de petits producteurs ou des plantations qui pratiquent une agriculture durable, ceci limitant les intermédiaires et augmentant la part de profit qui revient aux agriculteurs.

Au-delà du prix minimum garanti, le système de commerce équitable apporte d’autres impacts non négligeables pour les groupes de petits agriculteurs et leur communauté.

Dans un premier temps, les associations de producteurs doivent adopter un fonctionnement démocratique. Par conséquent, un conseil est élu annuellement et une majorité doit faire consensus pour adopter les décisions.6

Dans un deuxième temps, en plus du prix négocié ou du prix minimum garanti, une prime équitable (globalement fixée à 15% du prix commercial) doit être payée aux producteurs.7 Cette prime équitable est systématiquement remise aux travailleurs, lesquels décident eux-mêmes l’utilisation des fonds en fonction des besoins du milieu. Ainsi la prime équitable peut être réinvestie dans des projets liés à la santé, à l’éducation ou encore à l’environnement.

Dans un troisième temps, les standards du commerce équitable interdisent l’usage d’organismes génétiquement modifiés ainsi que certains pesticides chimiques. De plus, l’adoption de pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement est fortement encouragée, notamment via une seconde prime pour les herbes et épices biologiques. Parallèlement, l’application des normes biologiques a non seulement permis à plusieurs producteurs d’améliorer la qualité de leurs produits, mais également d’augmenter les revenus provenant de leurs ventes. Dans certains cas, cela a revalorisé des terres et d’anciennes pratiques agricoles quasi abandonnées par les paysans de zones éloignées.

Enfin, un autre impact pouvant paraître banal, mais qui s’avère une grande avancée, est le niveau de maturité et d’indépendance acquise par les associations. À plus long terme, le système du commerce équitable aide les organisations de producteurs, et les producteurs eux-mêmes, à faire face aux instabilités du marché en leur permettant un meilleur accès au financement, à la création de relations solides avec les acheteurs et une amélioration des conditions contractuelles.8

ET VOUS DANS TOUT ÇA ?

Privilégier l’achat d’épices certifiées équitables permet de rehausser vos plats, tout en contribuant à l’amélioration des conditions de vie de milliers de travailleurs et de leur famille.

Pour tous ceux et celles qui souhaitent goûter à la riche et savoureuse cuisine sri lankaise, l’Association québécoise du commerce équitable vous invite à visiter la section « recettes équitables » sur son site Internet ou encore, suivre le blog d’Arayuma.

Ce printemps, osez ajouter un piquant de solidarité aux épices qui parfument vos recettes!

Texte : Julie Langlois

Photo : Maryse May – Arayuma

Sources :

1 Producteurs du Sri Lanka : Bio Foods et SOFA. Magasins du monde. www.mdm.ch/spip.php?rubrique55

2 Ibid.

3 Spices and Herbs. Fairtrade International. www.fairtrade.net/spices_and_herbs.html (traduction libre)

5 Ibid.

6 Ibid.

7 Standard du Commerce Équitable pour les herbes, tisanes et épices. www.fairtrade.net/standards.html

8 Épices. Fairtrade / Max Havelaar – France. www.maxhavelaarfranc.org/epices-et-vanille/epices.html

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