À la découverte du quinoa

« Cette graine extraordinaire, symbole culturel par excellence, constitue la base de l’alimentation de millions de personnes à travers les Andes »
– Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

Quelques semaines avant que la nature ne reprenne ses droits, que la neige fonde et laisse apparaître les jeunes feuilles des bourgeons, l’Association québécoise du commerce équitable part à la découverte du Quinoa, produit phare du commerce équitable et de l’alimentation bio.

DE MULTIPLES VERTUS
En Bolivie, sur les plateaux froids et arides de l’Altiplano (la plus haute région habitée au monde après le plateau du Tibet), les paysages tournent au rouge au moment de la floraison du quinoa dont les grains sont aussi précieux que des perles pour bon nombre de familles boliviennes. Coincés entre les deux chaînes de la cordillère des Andes, l’Altiplano est situé à plus de 3 700 mètres au-dessus du niveau de la mer. C’est au cœur de ces montagnes que pousse, depuis des millénaires, le quinoa : une « pseudo-céréale »* que les Incas appelaient « Chisiya Mama », ce qui signifie en quechua « Mère de tous les grains ».[1]

Dédaignée par les conquistadores espagnols qui lui ont préféré le maïs et la pomme de terre, cette graine d’or n’a été redécouverte en occident qu’au début des années 1970 lorsque ses vertus nutritives ont été mises en évidence. Très riche en protéines, en fibres et en minéraux, le quinoa ne contient pas de gluten. Elle a pour autre qualité nutritionnelle remarquable le fait de réunir, tout comme la viande, l’ensemble des acides aminés essentiels que le corps humain ne peut synthétiser par lui-même. De quoi réjouir les nombreux fervents d’une alimentation riche et saine!

Cette plante au caractère sacré présente également une très bonne résistance aux conditions climatiques difficiles. Elle se développe dans un milieu aride où les sols, pauvres, sont exposés à la sécheresse, au gel, au vent violent et à la radiation solaire dû à l’altitude.[2] Qui plus est, la graine de quinoa bénéficie d’une résistance naturelle particulière grâce à la saponine, une substance huileuse qui recouvre ses grains et repousse les parasites et les insectes nuisibles, limitant ainsi l’usage de pesticides.

LE BOOM DE LA QUINOA
Le quinoa est l’exemple type du produit exotique qui s’est fait connaître auprès des consommateurs occidentaux à travers les circuits de distribution spécialisés du commerce équitable et de l’agriculture biologique avant de faire son entrée sur les rayons des moyennes et grandes surfaces de distribution.[3] Alors que le Pérou consomme plus qu’il ne produit, la Bolivie est à ce jour le principal exportateur mondial. Environ 95 % des volumes exportés vers l’Amérique du Nord et l’Europe provient de Bolivie et est issu de l’agriculture biologique.[4] Au Canada, le quinoa certifié équitable a fait son entrée sur les étals en 2005 et est cultivé par 4 organisations de producteurs en Équateur et en Bolivie.[5]

En moins d’une décennie, la culture du quinoa sur l’Altiplano andin est passée d’une culture de subsistance à une activité de rente. Dès les années 1970, les producteurs de Bolivie investissent les marchés internationaux. Dès lors, la production augmente d’année en année : entre 1972 et 2005, la superficie cultivée sur les hauts plateaux s’est étendue de 206 %. Encore aujourd’hui, le marché étranger continue de croître : entre 2002 et 2007, le volume des exportations boliviennes a été multiplié par cinq. La demande s’est également accrue de manière phénoménale avec une répercussion directe sur le prix au producteur, qui a plus que doublé entre 2007 et 2008.[6] Cette augmentation rapide de la demande internationale a eu d’indéniables effets positifs sur les populations des régions productrices de Bolivie et du Pérou.

COMMERCE ET DÉVELOPPEMENT
La hausse de la production et des prix a largement contribué à l’accroissement des revenus des petits paysans tout en freinant l’exode rural. Outre l’amélioration significative du niveau de vie des populations, ce phénomène a eu pour effet une accélération du développement des régions productrices qui profitent « d’un regain d’intérêt de la part des pouvoirs publics et des organismes internationaux », comme le souligne Thierry Winkel, expert sur le sujet.[7] En ce sens, l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation, la FAO, a décrété 2013 : Année mondiale du Quinoa!

LES CÔTÉS SOMBRES DE LA CULTURE DU QUINOA
Devant une intensification de la production aussi vertigineuse, des chercheurs s’inquiètent de profonds bouleversements environnementaux et socio-économiques observés au cours des dernières années. L’engouement et la demande sans cesse croissante ont encouragé les communautés boliviennes à maximiser leur production pour l’exportation. Cela a induit des effets pervers dénoncés sur l’élevage et les prairies et a enflammé les prix sur les marchés locaux.

Accaparant des plaines jusqu’alors dédiées au pâturage, l’expansion des champs de quinoa exacerbe également les conflits d’accès au terres. La marginalisation de l’élevage, avec la disparition des troupeaux, la « tractorisation » et la concentration des cultures ont aussi des effets inquiétants : ressources de fumier insuffisantes, érosion accentuée, prolifération des ravageurs, etc. La sécurité d’un revenu, autrefois assurée par la constitution d’un cheptel, a été relayée par les revenus plus incertains du quinoa, dont la production est irrégulière, la surface cultivée saturée et le prix volatil sur le marché international.[8]

À LA RECHERCHE D’UN NOUVEL ÉQUILIBRE
Dans ce contexte d’essor de la production du quinoa, d’intensification des systèmes agricoles et d’ouverture aux échanges internationaux, un nouvel équilibre entre environnement et société doit être trouvé. Toute la difficulté consiste à organiser et à moderniser les structures de production traditionnelles pour favoriser un développement endogène et durable.

De leur côté, les producteurs sont conscients des menaces qui pèsent sur leur système agricole. Soucieux de préserver cette source de revenu devenue essentielle pour eux, des producteurs collaborent avec des chercheurs et des ONG pour adapter leur production à la nouvelle donne. Sur le plan international, les acteurs du commerce équitable se mobilisent également. En mars 2012, l’organisme de certification Fairtrade a révisé le prix minimum garanti et la prime de développement, rétablissant de ce fait l’efficacité de ces deux outils économiques pour la filière quinoa.[9]

Par ailleurs, sur le site français de Fairtrade, on peut lire que la prime de développement comprend une portion obligatoirement dédiée à des projets de protection de l’environnement. Ce fléchage environnemental incite les producteurs à développer de meilleures pratiques environnementales. De manière générale, cette prime permet de mettre en place un plan de développement et permet une meilleure planification sur le moyen et/ou long terme.

Enfin, le regroupement de producteurs en coopératives et leur adhésion aux principes et aux valeurs du commerce équitable ont largement contribué à l’empowerment des femmes indigènes et à l’évolution de leur statut dans les sociétés indiennes de l’Altiplano.** Les recettes générées, auxquelles s’ajoutent les primes de développement, sont réinvesties dans l’amélioration des structures productives et dans la mise en place d’actions d’envergure en éducation et en santé, en particulier au profit des femmes enceintes et des enfants.[10]

DE NOUVELLES QUESTIONS ÉMERGENT
À l’heure où des tentatives sont lancées pour produire du quinoa dans d’autres régions du monde, notamment dans les pays du Nord, de nouvelles questions émergent. Des chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement en France en soulèvent quelques unes : Quelles variétés de quinoa adapter sous ces latitudes? Quel régime juridique adopter pour que ce transfert de ressources génétiques ne lèse pas les peuples andins qui ont produit et entretenu ce patrimoine agricole pendant des siècles? Et comment protéger leur production familiale de la concurrence de puissants systèmes agro-industriels? Autant d’interrogations qui devraient animer les débats non seulement de l’Année Internationale du quinoa mais également ceux au sein des organismes profondément impliqués dans les circuits équitables.

Le printemps commence à se poindre à l’horizon. En avril, les paysans commenceront leur récolte, laquelle s’effectue manuellement pour nombre d’entre eux. Ils savent que cette opération doit se faire rapidement en raison des forts vents de la fin avril et début mai. Certains profiteront de ce moment pour questionner : faut-il continuer à acheter du quinoa? Pour l’Association québécoise du commerce équitable, la réponse est spontanée : oui. En consommateurs responsables, il importe de valoriser l’impact éminemment positif du développement de cette culture, laquelle bénéficie à une société traditionnelle andine et à l’écosystème qui l’accueille, pour peu que soient maintenus la structure sociale paysanne et le mode de production originel.[11]

Choisissons un quinoa issu de culture biologique et du commerce équitable. Choisissons de consommer le quinoa provenant de petites et moyennes entreprises qui aspirent à vendre des produits de qualité sans compromettre la dignité des peuples, leur identité, leur culture, leur santé et celle de l’environnement qui les entoure. Petit clin d’œil à Gogo quinoa, entreprise éthique qui, depuis 2004, importe et distribue des produits de qualité fait à base de quinoa biologique et équitable partout au Canada.

* LE SAVIEZ-VOUS ?
Le Quinoa fait partie de la famille des Chénopodiacées, comme la betterave ou les épinards, mais est parfois qualifié de « pseudo-céréale » du fait que ses valeurs nutritives et ses modes de consommation les plus courants se rapprochent davantage de ceux des graminées, qui regroupent l’essentiel des céréales cultivées.

** LE QUINOA ÉQUITABLE ET LES FEMMES BOLIVIENNES
À ce sujet, l’Association québécoise du commerce équitable vous invite à lire un second document qui met de l’avant une entreprise de transformation novatrice quant à ses politiques sociales : La Coronilla.

Texte : Julie Langlois
Source :
[1] CTB Trade for Development. À la découverte du quinoawww.befair.be/fr/content/la-découverte-du-quinoa

[2] Institut de recherche pour le développement. Les paradoxes de la quinoa. « Actualité scientifique » n° 364, janvier 2011.

[3] Éthique et économique. La difficile prise en compte des inégalités socio-économiques par le commerce équitable : le cas du quinoa andin. http://ethique-economique.net

[5] Fairtrade Canada. Produits – Grains et céréales. www.fairtrade.ca

[6] Institut de recherche pour le développement. Les paradoxes de la quinoa. « Actualité scientifique » n° 364, janvier 2011.

[7] CTB Trade for Development. À la découverte du quinoawww.befair.be/fr/content/la-découverte-du-quinoa

[8] Institut de recherche pour le développement. Les paradoxes de la quinoa. « Actualité scientifique » n° 364, janvier 2011.

[10] CTB Trade for Development. Les femmes, actrices du commerce équitable. www.befair.be/fr/content/femmes-les-actrices-du-commerce-equitable

[11] Dubois, Anne-Laure. Le quinoa : bio et équitable? www.eco-sapiens.com

 

 

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