Le cacao : un immense potentiel pour lutter contre la pauvreté

Chaque jour, le chocolat déploie tout son potentiel en procurant du bonheur à celles et ceux qui le dégustent. Faites le test: croquez un ou deux carrés de chocolat, et vérifiez cette affirmation… Elle est infaillible! Pourtant, malgré tout le bonheur que nous procure le produit final, la chaîne d’approvisionnement du cacao est, pour plusieurs, une source de difficultés bien réelles. Profitable pour ceux qui sont au sommet de l’échelle, la production conventionnelle de cacao est truffée de violations des droits humains et d’inégalités sur les lieux de travail, en maintenant les personnes au bas de l’échelle dans la pauvreté.

Le travail des enfants et le trafic humain

La Côte d’Ivoire et le Ghana sont les chefs de file de la production mondiale de cacao. Les conditions de travail atroces, qui incluent le travail d’enfants et d’esclaves, sont bien documentées dans l’industrie du cacao de ces deux pays. Récemment, de grandes compagnies de cacao ont posé des gestes pour améliorer la transparence et éliminer le trafic humain et le travail des enfants dans leurs chaînes d’approvisionnement. Des géants de l’industrie ont dépensé des millions de dollars en établissant des codes de conduites, des cours d’amélioration du rendement, des écoles et des programmes de renforcement des communautés. Néanmoins, les rapports montrent que ces efforts en restent souvent au stade de projets pilotes à cause d’un manque de coordination entre les compagnies et les gouvernements, et de la difficulté d’engager les agriculteurs dans ce processus. Il apparaît clairement que ces initiatives, menées par les compagnies, ne se sont pas attaquées au véritable cœur du problème, à savoir la pauvreté, qui passe souvent par le travail des enfants et le trafic d’êtres humains dans cette industrie.

Fruit du cacao en section transversale, on peut voir les graines à l’intérieur (Photo: Keith Weller, USDA ARS)

Petits agriculteurs, gros chocolat

La majeure partie du cacao est cultivée sur des petites exploitations agricoles familiales. Ces petits producteurs agissent à l’intérieur d’une chaîne d’approvisionnement complexe, ne possédant pas l’information du marché dont ils ont besoin pour guider leurs négociations. Dans plusieurs régions productrices de cacao, les prix sont contrôlés par le gouvernement et, en Afrique de l’Ouest, l’industrie est dominée par une poignée de grands négociants et transformateurs. De fait, les estimations suggèrent que 75% du marché est contrôlé par cinq compagnies!

Avec moins d’acheteurs, la compétition diminue, tout comme les prix. Pour rester profitables, les agriculteurs emploient leurs propres enfants. Alors que personne ne sait exactement combien d’enfants travaillent sur les terres de production de cacao en Afrique de l’Ouest, les experts suggèrent des chiffres qui pourraient s’élever jusqu’à deux millions. Pour ajouter à cette tragédie, des rapports font état de cultivateurs qui utilisent des enfants esclaves et des victimes du trafic humain comme main-d’œuvre pour leurs récoltes. En Côte d’Ivoire, les enfants sont amenés comme migrants clandestins depuis les pays avoisinants, à savoir le Mali et le Burkina Faso, et sont envoyés au travail. Pour accomplir leur tâche, ces mêmes enfants doivent soulever des poids lourds et manipuler des outils dangereux et tranchants. Ils travaillent de longues heures sous le soleil brûlant des tropiques, exposés aux herbicides, aux fongicides, aux pesticides et aux fertilisants.

David Kebu Jr. marche sur son exploitation de cacao, à l’Est d’Honiara (îles Salomon), avec son fils, Snider et sa fille Hadasha (Photo: Irene Scott, AusAID / CC BY 2.0)

Une alternative équitable

Dans un enchevêtrement de végétation subtropicale, au milieu des gazouillis et des cris de la forêt, on entend le son des lames. Des machettes coupent les fèves de cacao, les faisant tomber sur le sol de la forêt.

Cette ferme de cacao ressemble à toutes les autres : une petite entreprise familiale. Ses arbres poussent sous la canopée de la forêt, aux côtés d’arbustes, de vignes et d’une flore diverse. Néanmoins, les fermiers qui manipulent ces machettes ne font pas partie de la chaîne d’approvisionnement traditionnelle du cacao. Ils appartiennent à une coopérative et ils travaillent ensemble avec d’autres petits agriculteurs pour produire, récolter et transformer leurs fèves. Ils vendent à des exportateurs, en retirent un salaire pour vivre, et réinvestissent dans l’entreprise. Ils font partie d’un système de commerce équitable.

En avril 2016, un groupe de Canadiens du Manitoba Council for International Cooperation ont voyagé au Nord du Pérou pour rencontrer des producteurs et explorer les régions où sont cultivés certains produits équitables.

À Chulucanas, le groupe a visité l’Asociacion de Pequeños Productores Agropecuarios, une coopérative qui produit environ 14 tonnes de cacao équitable chaque année. Ils ont pu voir les agriculteurs au travail, récoltant les fèves, chargeant leur production dans un nouveau véhicule motorisé, les transportant au lieu où on leur fera subir un processus de fermentation, de séchage et d’ensachage.

Lorsqu’ils vendent leurs fèves de cacao à des acheteurs du commerce équitable, ces agriculteurs reçoivent une prime équitable en plus du prix qu’ils négocient. Avec cette prime, ils ont notamment pu acheter un nouveau véhicule motorisé et une nouvelle ensacheuse. Ils ont construit un entrepôt et amélioré les supports de séchage et les bassins de fermentation. Ainsi, ils planifient augmenter leur production annuelle à 20 tonnes.

Le cacao peut-il changer ?

Ces fermiers montrent à quel point nos décisions comme consommateurs peuvent faire une différence. Toutefois, la part du cacao équitable n’occupe que 0.5% de ce marché, laissant toute la place à l’amélioration.

Malgré les tentatives des conglomérats de cacao et des gouvernements d’Afrique de l’Ouest pour améliorer les conditions de travail et éliminer le travail des enfants, la pauvreté est toujours bien présente. La plupart du temps, c’est même la norme. Les coopératives de Chulucanas sont des exceptions.

Le commerce équitable fait partie d’une solution bien plus large au commerce actuel, qui inclue certainement les grandes compagnies de chocolat et les gouvernements nationaux. En choisissant une chaîne d’approvisionnement transparente – où les agriculteurs ont la chance de pouvoir contrôler leurs moyens de subsistance, gagner un salaire décent et bâtir leurs entreprises et leurs communautés – l’industrie du cacao pourrait déployer tout son potentiel et rompre avec le cycle de la pauvreté qui opprime les petits propriétaires qui cultivent cet incroyable produit qu’est le cacao.

Texte original de Erik Johnson paru dans Fair Trade Magazine, édition hiver/printemps 2017
Traduit par Valérie Caron, avec l'aimable autorisation du Canadian Fair Trade Network

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